Cet exode fait suite à la menace de la police qui, mercredi, avait donné 48h aux occupants pour quitter le campus, dont les activités étaient suspendues; tout contrevenant “sera considéré comme un infiltré, un ennemi de la République”.
Un mort et des blessés
Cet avertissement sans précédent avait été diffusé à la suite d’une manifestation de protestation contre le triplement du minerval, qui a dégénéré lundi. Un policier a été lynché à mort et deux grièvement blessés, ainsi qu’une demi-douzaine d’étudiants, tandis que des locaux universitaires étaient saccagés et une agence bancaire dévalisée.
De nombreux commentateurs politiques et journalistes attribuaient ces dérapages à “des infiltrés” – mot qui ne signifie pas la même chose selon qui parle. Pour certains journalistes, il s’agit de voyous armés de machettes et bâtons; selon Le Phare, ils “étaient au parfum de ce qui allait se passer à l’Unikin” et les services de renseignements ont failli à leur mission. Pour un parti de la majorité kabiliste, la Nogec, les “infiltrés” sont les opposants de la coalition Lamuka, qui a remporté la présidentielle de décembre 2018 avant d’être évincée du pouvoir par un accord Kabila-Tshisekedi.
Nouvel épisode de la lutte Kabila-Tshisekedi
Plusieurs sources de La Libre Afrique.be évoquent en revanche un épisode de la lutte de moins en moins feutrée que se livrent les alliés officiels, kabilistes et tshisekedistes. Les premiers entendent affirmer leur pouvoir, largement prépondérant au sein de l’alliance; les seconds sont partagés entre la base, qui veut rendre coup pour coup, et les chefs, qui s’efforcent d’ignorer les provocations. Après que le ministre de l’Enseignement supérieur, Thomas Luhaka (majorité kabiliste) eut ordonné aux étudiants de vider les lieux, celui de l’Intérieur, Gilbert Kankonde (tshisekediste) avait abondé dans son sens.Une partie des politiques a justifié l’expulsion par le besoin de trier les occupants des bâtiments: à côté des étudiants réguliers, y logent en effet de nombreux adultes – civils et militaires – qui sous-louent une chambre ou une cave pour y vivre avec leur famille, voire occupent les espaces verts du campus avec des constructions anarchiques . D’autres soulignent qu’il n’y a pas besoin d’expulser tout le monde pour faire le tri.
Floribert Anzuluni, coordonnateur du mouvement citoyen Filimbi, interrogé par La Libre Afrique.be, estime que « la dégradation de la situation sociale » au Congo « pourrait avoir aggravé la situation », alors que « la division de l’opinion à la suite des dernières « élections » semble avoir également eu un impact », en fournissant l’ »occasion d’exprimer des frustrations gelées ».
Pillages et rançonnement
Quoi qu’il en soit, l’évacuation forcée n’est pas perdue pour tous. Des pillards sont signalés sur le campus, volant les biens des étudiants abandonnés. La Libre Afrique.be a reçu le témoignage d’un travailleur de l’Unikin, brutalisé et menacé de mort par trois policiers jeudi “sous prétexte que je suis un ennemi du ministre car je me rends au travail” malgré la suspension des activités académiques. « Après une longue discussion, ils ont décidé de me dépouiller de tout mon argent et de me laisser partir”.
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source : LA
