En France: une Stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée
Écrit par FiziMediaCongo sur septembre 9, 2019
Par la rédaction.

Montage photo Enoch David
La France a adopté en 2018 une stratégie nationale de lutte contre la déforestation importée (SNDI) qui vise à « mettre fin d’ici 2030 à la déforestation causée par l’importation de produits forestiers ou agricoles non durables ». La SNDI comporte une série de mesures, tant du point de vue de la connaissance que de la coopération internationale, du commerce mondial ou des achats publics. La SNDI veut se concentrer sur les importations agricoles « qui contribuent le plus à la déforestation » et qui sont mentionnées dans les Déclarations d’Amsterdam, c’est-à-dire le soja, l’huile de palme, le bœuf et ses coproduits (cuir), le cacao et l’hévéa (caoutchouc naturel). Mais d’autres produits pourront être considérés ultérieurement, notamment le coton, le café, la canne à sucre, le maïs, le colza, les crevettes ou les produits miniers.

La SNDI indique qu’outre la déforestation, la dégradation des forêts et la conversion des écosystèmes naturels (on pense notamment aux cerrados, savanes plus ou moins boisées sur lesquelles s’effectue une grande partie de l’expansion agricole au Brésil), seront pris en compte les changements d’affectation des sols indirects (CASI). Ces derniers sont définis comme « le besoin accru de foncier qui découle d’une augmentation de la demande en cultures énergétiques [qui] conduit à la conversion de nouvelles terres notamment forestières, phénomène qui, désormais, ne peut plus être considéré comme marginal. La demande d’huiles végétales liées aux obligations d’incorporer des biocarburants dans le mix énergétique européen peut entrainer une compétition entre débouchés énergétiques et alimentaires des cultures nécessitant des mesures spécifiques pour atténuer ce risque ». En fait, la SNDI décrit plutôt là le phénomène de changement direct d’affectation des terres plus qu’elle n’explique les changements indirects.http://www.fiziledia.com
Pour comprendre la notion de changement indirect il faut considérer la possibilité qu’une forte augmentation de la demande (par l’incorporation à grande échelle d’huiles végétales dans les biocarburants) conduise à une augmentation des prix de ces huiles, laquelle signifiera une rentabilité accrue pour un certain nombre de producteurs de palmiers à huile. Pour en profiter, des producteurs d’hévéa, de café, de cacao, ou des éleveurs vont convertir tout ou partie de leurs exploitations en palmiers à huile. Et il faudra bien aller produire l’hévéa, le cacao, le bœuf, etc. ailleurs (par exemple sur des zones forestières) pour répondre à la demande inchangée de ces produits. C’est une forme d’« effet domino » sur les territoires boisés propices à la conversion.
Cette notion de changements indirects d’affectation des terres (en anglais Indirect Land Use Change – ILUC) constitue un des points majeurs de contentieux entre la Commission Européenne et les lobbies de l’huile de palme, notamment malaisiens, qui n’hésitent pas à qualifier la notion de bien que les grands modèles de changements d’usage des terres, comme GLOBIOM (développé par le Postdam Institute) ou Mirage (utilisé par l’IFPRI) la prenne pleinement en compte. La question sous-jacente est de savoir quelle part de l’augmentation de la demande (et des prix) sera couverte par l’augmentation des rendements et quelle part sera couverte par l’augmentation des surfaces. Les modèles cités considèrent que la réponse « surfaces » sera la plus importante (80% ou 90% de la réponse, selon les cas).
Dans son volet opérationnel, la SNDI propose de conclure des « contrats de territoires durables » avec les pays producteurs, indiquant une volonté « d’articuler des approches à la fois par filières et par territoire », manière de s’inscrire dans la dynamique des approches « paysages » (landscape approach) très mises en avant dans les discours internationaux. Cette approche, qui vise à coordonner dans un objectif de durabilité les politiques publiques et les pratiques des filières sur des territoires écologiquement cohérents (par exemple un bassin versant), reste toutefois difficile à mettre en œuvre dans des pays au fonctionnement politique très centralisé. La SNDI souligne également la nécessité d’engager des initiatives à l’attention des petits producteurs. C’est un point important dans la mesure où certains pays producteurs mettent volontiers en avant les difficultés de cette catégorie de ruraux à parvenir à produire sans déboiser, opposant ainsi l’argument du social aux pressions en faveur de l’environnement exercées par les pays du Nord.
Enfin, la SNDI annonce que, « sous l’impulsion de l’État », sera élaboré un « label zéro déforestation » permettant de guider les consommateurs dans leurs choix. Il s’agira vraisemblablement d’un méta-label, visant à garantir le contenu zéro déforestation des certifications privées, et non d’une certification « publique » destinées à se substituer à celles-ci.
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